Le Projet Européen – quel avenir ? (partie 1 sur 2)

logo article de blog sur l‘avenir de l‘Union Européenne

>> Partie 2 de cet article

Introduction

Il me semble que c’est en Terminale que j’ai pour la première fois véritablement réfléchi à l’Union Européenne : notre professeur d’histoire géographie nous avait demandé notre opinion sur le sujet et comment cela impactait notre vie de tous les jours. A l’époque je ne savais pas vraiment ce que c’était et je ne voyais absolument pas en quoi c’était lié à ma vie, et c’est ce que j’ai dit. Cela m’a valu de la part de ma professeur le commentaire « in tartiflette we trust » (la tartiflette étant un plat typique de Savoie, où je suis né et ai grandi) : les Savoyards reconnaitront là le slogan utilisé pour manifester sa fierté d’appartenir à cette belle région. Cela dit dans le cas présent c’était surtout un moyen de souligner que ma perception était limitée à l’endroit où je vivais et que je ne voyais pas plus grand. Mais n’est-ce pas le cas pour nous tous ? Tant que l’on ne voit pas quelque chose ou ses conséquences par soi-même elle n’existe pas vraiment pour nous… Et même avec le recul je pense qu’il était plus avisé d’écrire les choses telles qu’elles étaient (à savoir que je n’avais pas vraiment d’opinion sur l’UE puisqu’il me semblait qu’elle n’avait rien fait pour ou contre moi) plutôt que d’encenser ou diffamer quelque chose que je ne connaissais finalement pas.
Toutefois depuis j’ai acquis une nouvelle perspective sur l’Europe, notamment grâce à mes études en Suède. Déjà le simple fait de pouvoir étudier dans un autre pays sans visa ou papiers particuliers m’a donné une opinion positive du Projet Européen et m’a montré une partie de son utilité. Ensuite le contact avec des étudiants non-européens m’a permis, à travers leur point de vue et leur expérience à la fois en Europe et chez eux, de mieux comprendre les opportunités que les divers accords Européens ouvraient.
Enfin je suis allé étudier la Politique Publique 4 mois en Corée du Sud. Là-bas j’ai rencontré toute une ribambelle de responsables gouvernementaux et de conseillers dans tous les domaines imaginables dont une bonne partie pensait que le Projet Européen ne marcherait jamais. J’ai étudié les relations internationales et vu le gâchis que c’était et pourquoi, je suis allé à la frontière avec la Corée du Nord et ai vu une zone de guerre, j’ai découvert les tensions sous-jacentes entre la Corée et le Japon à cause de la 2nd Guerre Mondiale et des siècles de conflits… Et j’ai alors compris ce que l’Union Européenne avait déjà fait pour l’Europe et ce qu’elle pourrait faire à l’avenir pour cette région du globe et pour le monde.
A partir de là j’ai pensé écrire sur le sujet pour décrire ce que j’avais appris et rappeler à tous les succès du projet, son potentiel (ce qu’il pourrait devenir) et son importance. Et cela me semble encore plus important au vu de la situation actuelle (immigration massive, terrorisme, Brexit…).

J’espère que le temps qu’il a fallu pour mettre mes réflexions sur le papier donnera lieu à un article plus riche, au-delà de la simple éloge du Projet Européen : j’espère qu’il poussera les gens de par le monde à réfléchir à ce qui est véritablement en jeu, à questionner l’origine de leur opinion sur le projet (qu’elle soit favorable ou défavorable) de manière à la confirmer ou à la modifier, à réfléchir sur comment avancer, et bien entendu j’espère parvenir à susciter chez autant de personnes que possible un engouement pour ce projet proche du miens !

Le Projet Européen

La vision et les méthodes

Tout projet contient une vision : ce que l’on vise, ce que l’on cherche à bâtir. Elle est parfois claire dès le début, et parfois elle vient plus tard. Elle peut être formulée précisément ou non. Ensuite il y a les méthodes que l’on emploie pour atteindre l’objectif et c’est exactement la même chose dans le cas de l’Europe. Nous verrons la vision et les méthodes plus bas mais pour le moment la question est : pourquoi est-ce important de différencier méthodes et vision ?

  • En premier lieu parce que cela va aider chacun à définir ce qu’il soutient ou non dans le Projet Européen plutôt que d’en parler comme d’un tout.
  • Ensuite parce que les difficultés liées à des méthodes inefficaces doivent être adressées de manière bien différente des difficultés liées à une vision en laquelle on ne croit pas, en plus d’avoir des conséquences tout autres.
  • Pour rappeler à tous que les méthodes dans n’importe quel projet doivent être améliorées et perfectionnées : essayer, échouer et essayer encore jusqu’à trouver ce qui marche fait partie du processus quel que soit le projet. Et l’on n’abandonne pas la vision parce que les méthodes employées ne marchent pas.
  • Enfin parce qu’il convient de se souvenir qu’il est difficile de juger une vision comme étant bonne ou mauvaise : on y croit ou pas (même si je suppose que l’on pourrait désigner comme mauvaises les visions basées sur la peur, la haine et d’autres émotions négatives. Elles cherchent souvent à blesser ou contrôler les autres et son environnement). D’un autre côté les méthodes peuvent (et doivent) être jugées en fonction du but qu’elles ont été créées pour servir : si elles ne nous en rapprochent pas alors elles sont mauvaises. Si elles nous en rapprochent elles peuvent être plus ou moins efficaces et nécessiter des améliorations.

La vision derrière le Projet Européen

Si tout projet contient une vision, qu’elle est donc celle derrière le Projet Européen ? Honnêtement je n’en ai aucune idée, et un tour sur le site web de l’Union Européenne n’aide pas vraiment : on apprend juste que la vision initiale consistait à maintenir la paix et que la méthode employée était d’accroitre la coopération économique (grâce à la CEE). Cela se tient et c’est plutôt un beau succès, mais qu’en est-il aujourd’hui ?
Et nous y voilà : le 1er problème derrière l’UE et les autres accords Européens ! Pourquoi existent-ils ? Où nous emmènent-ils ? Il y a ici un gros travail à faire en termes de leadership (choisir une vision) et de communication car je doute fortement que quiconque sache où nous allons…

Cher lecteur, n’hésitez pas à écrire dans les commentaires ce que vous croyez être la vision derrière l’UE et les autres institutions. Je pense que nous pourrons déjà voir à quel point différentes personnes regardent dans différentes directions, ce qui explique en partie les désaccords sur les méthodes utilisées pour faire avancer le Projet Européen.

En ce qui me concerne je crois fermement en l’idée des Etats-Unis d’Europe, bien que je ne puisse dire si nous avançons dans cette direction. Il s’agit simplement de ce que je vois et soutiens derrière les différents accords et institutions Européens (dont l’UE), et voici quelques raisons expliquant mon opinion :

  • Parvenir à construire les Etats-Unis d’Europe prouverait une fois pour toutes que les relations internationales peuvent atteindre un tout autre niveau de maturité comparé à la situation actuelle s’apparentant à un jardin d’enfants où des individus égocentriques tentent sans arrêt de s’écraser mutuellement (voir le Dilemme du Prisonnier pour mieux comprendre l’état actuel des relations internationales) ou encore nécessitent un tiers pour résoudre leurs désaccords. A la place nous assisterions à une nouvelle réalité fondée sur une coopération véritable, où chacun donne pour que chacun reçoive (ce que l’on appelle « gagnant-gagnant », un sujet qui a été débattu depuis des dizaines d’années dans le domaine des affaires et reconnu comme nécessaire et efficace, mais qui pourtant semble toujours relever de l’idéal en politique).
  • Les Etats-Unis d’Europe représenteraient une source d’inspiration pour le reste du monde, et notamment pour les régions touchées par des conflits ou de fortes tensions : cela démontrerait que ce n’est pas une fatalité, que si une région avec autant de diversité et autant de conflits que l’Europe parvient à coopérer et à laisser derrière elle les vieilles rancunes alors cela peut arriver partout.
  • Cela représenterait la victoire des similarités entre les gens sur leurs différences, le succès d’un projet basé sur des émotions et attitudes positives (amour, empathie, compassion, respect…).
  • Cela permettrait des actions efficaces dans le domaine de la protection environnementale puisque ces difficultés, de par leur nature (liées à la planète), requièrent un niveau de coopération extrêmement élevé : un niveau dont nous sommes loin à l’heure actuelle. (NB : je ne dis pas que cela résoudrait tout : en ce qui concerne l’environnement il s’agit avant tout de modifier profondément notre perception de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. Toutefois les Etats-Unis d’Europe aideraient, sans aucun doute.)
  • Cela semble l’évolution logique de la société humaine : nous sommes passés de tribus à villages, puis de villages à régions et enfin de régions à pays. Pourquoi les pays seraient-ils l’unité finale ?
  • Cela assurerait enfin une paix durable dans une région gangrenée par des siècles de guerre.
  • Cela signifierait un marché intérieur plus grand avec plus d’opportunités d’affaires pour les entreprises locales ainsi qu’une plus grande attractivité à l’international, permettant une plus grande prospérité économique.

Les méthodes du Projet Européen

Nous avons vu la vision (ou plutôt son absence) derrière le Projet Européen. Voyons maintenant les méthodes employées pour avancer. Je fais ici référence à tous les accords et institutions qui ont été créés/signés au fil des années dans le but de faire progresser le Projet Européen : Union Européenne, Zone Euro, Espace Schengen, Parlement Européen, etc.
Car il ne s’agit effectivement ni plus ni moins que de méthodes créées pour atteindre un but. Et nous avons vu que les méthodes doivent être jugées en fonction de la vision qu’elles ont été implémentées pour servir. Cela dit puisque la vision n’est pas claire il devient délicat de juger les méthodes : en effet, qui peut dire ce qui marche ou non, ce qui doit être modifié (et comment) ou abandonné si l’on ne sait pas quel but ces méthodes doivent permettre d’atteindre ?
Ne mettons-nous pas déjà là en lumière une nouvelle perspective sur le débat « pour/contre l’UE » qui fait rage ? Sur des discussions autour d’une méthode sans savoir clairement pourquoi elle est là ?
Maintenant si nous partons du principe que nous nous dirigeons vers les Etats-Unis d’Europe alors il y a plusieurs réussites parmi lesquelles :

  • L’Union Européenne en cela qu’elle a rassemblé de vieux ennemis de la 2nd Guerre Mondiale (Pologne, Allemagne, France…). Ce type de coopération d’après-guerre est loin d’être un standard partout, comme je l’ai découvert en Corée. Et n’est-ce pas là une source d’inspiration ? Un exemple non-seulement de paix, mais également de souvenir et pourtant de pardon pour avancer ?
  • L’Espace Schengen de par sa faculté à rendre possibles les études, le travail et la vie où on le souhaite, en plus d’ouvrir de magnifiques opportunités pour les échanges culturels et l’apprentissage des langues.
  • Les aides financières Européennes accordées à divers projets (de la rénovation de bâtiments historiques à la recherche) en cela qu’elles montrent comment la coopération internationale est bénéfique pour tous.
  • Le marché unique de par sa faculté à rendre les pays de l’UE plus attractifs à l’international en plus de simplifier l’export comme stratégie d’expansion (désormais une option même pour les PME).
  • La plupart des accords et institutions jusqu’à aujourd’hui du fait qu’ils ont mené à des années de paix ininterrompue (plus de 70 ans pour certains pays).

Toutefois les choses sont loin d’être parfaites et il reste beaucoup à modifier, voire à repenser depuis le début. Je ne rentrerai pas dans les détails ici car beaucoup ont déjà listé les limitations des méthodes actuelles, mais voyons deux exemples :

  • L’Espace Schengen n’est clairement pas prêt s’il s’effondre aussitôt que le contexte change. Un exemple au hasard : gérer un flot massif de réfugiés.
  • Les relations entre pays-membres ressemblent encore beaucoup à un jardin d’enfant, avec des attitudes qui oscillent entre « protéger » les intérêts nationaux au détriment d’une vision plus large (en gros tirer la couverture à soi en toutes circonstances) et travailler à atteindre cette vision.

Conclusion sur la situation actuelle

Peu de gens semblent aujourd’hui faire la différence entre vision et méthodes lors des discussions autour du Projet Européen, et le manque de clarté de la vision officielle n’arrange certainement pas les choses : nous regardons dans des directions différentes et avons donc des attentes différentes concernant les accords signés. Cette confusion mène à des débats et des opinions qui mélangent des buts divergents ainsi que des arguments en faveur/contre des éléments liés à une vision et des éléments liés à des méthodes.
J’ai ainsi vu par exemple des listes d’arguments contre l’UE qui mettent côte à côte le fait qu’elle a plus de pouvoir que les pays-membres (touche à la vision : qu’essaye-t-on de bâtir ?) et le fait que les processus de décision ne sont pas assez démocratiques (touche clairement aux méthodes, à la manière dont les choses sont faites). Mais nous parlons ici de deux choses totalement différentes : changer une vision n’a rien de commun avec ajuster une méthode de travail ! Ajoutez à cela le fait qu’une institution supranationale n’est un problème que si cela ne correspond pas à ce que l’on veut accomplir (dans l’optique des Etats-Unis d’Europe dont je parlais c’est par exemple tout à fait acceptable) et l’on comprend sans mal comment tout est mélangé dans l’esprit de chacun.
En ce qui me concerne je vois une vision qui vaut le coup d’être atteinte (pour toutes les raisons exposées plus haut), avec un potentiel énorme pour l’Europe et le monde, et qui présente plusieurs réussites mais aussi des manques évidents. Cela me conduit à être d’accord avec la plupart des arguments contre l’UE (car ils attaquent des méthodes qui, je pense, doivent être revues) tout en la défendant vivement (son potentiel) !

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